Stand by me Stand by me

Stand by me


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Durée : 1h46

Réalisateur : Rob Reiner
Acteurs : Will Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman, Jerry O’ Connell, Kiefer Sutherland, John Cusack, Richard Dreyfus

Genre : Fantastique

Ce film, adapté d’une nouvelle de Stephen King, lui vaut une citation pour L’Oscar du Meilleur Scénario.

Note : 9/10

L’autre aspect de Stephen King

C’était déjà la fin de l’été. Castle Rock, petite bourgade perdue dam le fin fond de l’Amérique, dormait paisiblement dans le silence ensoleillé. Pourtant, l’on ne parlait que d’une seule chose. Ray Brower avait mystérieusement disparu. Parti pour la journée dans la grande forêt aux abords de la ville, le gamin n’était jamais revenu. En ce temps là, Ben E. King chantait Stand by me.

En ce temps-là, il suffisait d’une disparition pour que les esprits s’échauffent. Et Vern Tessio savait où se trouvait Ray Brower. Mort au plus profond de la forêt, près de la voie ferrée, heurté par un tram. Gardie Lachance, Chris Chambers et Teddy Duchamp, inséparables camarades décidèrent, malgré les protestations de Vern, de partir à la recherche du corps. Ils avaient tous les quatre treize ans. C’était déjà la fin de l’été…

Porter Stephen King à l’écran ne s’avère pas une entreprise aussi aisée qu’il semble l’être, malgré les facilités visuelles qu’offrent chaque roman du prolifique écrivain. Ainsi nombre de producteurs et de réalisateurs se sont fourvoyés, incapables de comprendre cette subtile et si inquiétante approche de l’horreur du quotidien, et très peu d’adaptations cinématographiques possèdent la puissance évocatrice à laquelle nous a habitués le maître de l’épouvante. Si Carrie, de Brian de Palma, fut le chef-d’œuvre que l’on sait, c’est parce que le scénario s’éloignait du texte original. Salems Lot de Tobe Hooper, piètre adaptation, fut distribuée en France dans une version mutilée; The Shining de Kubrick, étouffait sous la trop grande personnalité du metteur en scène; Cujo de Lewis Teague ne séduisit pas les foules par son traitement trop sobre. Quant à Silver Bullet de Daniel Attias, il constitue à ce jour, la plus médiocre illustration d’un thème pourtant séduisant. Stephen King, lassé et irrité de ces incessants faux-pas, s’essaya à la mise en scène avec Maximum Overdrive. Le fini reçut un accueil très réservé aux U.S.A. Ne demeurent présents à nos esprits que Carrie, Creepshow de George A. Romero, hommage aux B.D. éditées par E.C Comics où King lui même s’attribue un rôle haut en couleurs, Children of the Corn de Fred Kiersch, injustement boudé du public, et imbécilement rebaptisé par nos distributeurs français Horror Kid, et The Dead Zone de David Cronenberg. L’image de marque de Stephen King risquait de s’altérer, et nous attendions cette adaptation de la nouvelle The Body parue dans Different Seasons avec espoir et crainte. Le sujet était difficile – la simple aventure de quatre adolescents à la recherche d’un cadavre – et respecter l’atmosphère nostalgique du récit pouvait se révéler périlleux.

Stand by Me, enfin sur nos écrans, suscite de nombreuses émotions diffuses, comme un livre d’images que l’on feuilletterait, à la quête de visages disparus. Stephen King à la poursuite de son enfance (la nouvelle serait en partie autobiographique), se fait tendre, nostalgique, pessimiste parfois. Les quatre protagonistes – prototypes idéaux de tous les copains d’enfance ( l’intello le chef de bande, le casse-cou et le petit gros) sous le couvert du jeu, de l’exploit, découvrent la triste réalité de la mort, la fragilité de la chair, tandis que King évoquant son adolescence, fuit peut-être devant elle… Double introspection que le film suggère. Rob Reiner (le fils de Carl Reiner, réalisateur de comédies loufoques), chargé de la mise en scène de Stand by Me, construit par petites touches successives une œuvre sensible, romantique, peuplée de regrets et de souvenirs, préférant éluder l’aspect macabre du roman afin que subsiste l’émotion, celle du vécu qui disparaît atteint l’âge adulte. Acteur chevronné avant d’être metteur en scène, il maîtrise entièrement la narration et dirige ses jeunes acteurs avec le savoir-faire qui fait défaut à certains. Wil Weaton, River Phoenix (Explorers), Corey Feldman (Les Goonies) et Jerry O’Connel forment un quatuor de choc, et affronteront le dangereux voyou Ace Merrill incarné par Kiefer Sutherland (le fils de Donald Sutherland), La justesse de L’interprétation semble l’atout le plus important du film. Stand by Me, petit chef d’œuvre dédié à l’enfance, tient ses promesses par delà un curieux retour au classicisme cinématographique, Reiner innove peu, délaissant l’effet, le style, l’image au profit de l’histoire, La mise en scène s’efface devant le conte cruel, pour mettre en exergue les moments exceptionnels de cette aventure à la fois ordinaire et peu ordinaire, jusqu’à cette surprenante séquence où Gordie Lachance, écrivain en herbe, raconte, à sa manière, les mésaventures de Lardass Hogan, énorme garçon se vengeant des quolibets de ses proches, lors d’un concours de mangeurs de tartes, d’une façon particulièrement peu ragoûtante. Le metteur en scène refusant le traitement réaliste de cette séquence vomitive, opte pour une vision burlesque évoquant les dessins animés, une vision que seuls les enfants peuvent avoir, où l’exagération des bruits, des actes, des intentions rejoint la surenchère d’enthousiasme et de complicité que l’on éprouve à se raconter des histoires inventés. Aussi désopilante soit-elle

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