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Ma discussion téléphonique avec William Olivier Desmond, le traducteur de Stephen King

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Ma discussion téléphonique avec William Olivier Desmond, le traducteur de Stephen King, qui nous raconte son métier, ses traductions et plus encore…

 

 

Pour faire court, j’ai pris contact par courrier avec William Olivier Desmond. Celui-ci, très gentiment, m’a rappelé et a répondu à mes diverses questions. Je vais en substance vous faire un résumé, après lui avoir bien sûr présenté.

 

L’idée de départ était de connaître les sentiments de M. Desmond vis à vis de Stephen King, mais aussi de connaître un peu le métier de traducteur. 

 

Tout d’abord, pour ceux, et je les comprends, qui ne saurait pas qui est William Olivier Desmond, voilà un petit descriptif. 

William Olivier Desmond est né en 1939 (Stephen King est né en 1947) et est le traducteur que je qualifierai d’officiel de Stephen King. Il a traduit par exemple Ça, Cellulaire, Tout est fatal, la part des ténèbres, Minuit 2 et 4, Rêves et cauchemars,  Bazaar, Rose Madder, Dreamcatcher, Insomnie, Ecriture

Il est l’écrivain de Voyage à Bangor et de L’encombrant.

Il aime Fiodor Dostoïevski, Melville, Stevenson, mais aussi Balzac et Cioran....

 

 

 

William Olivier Desmond et Stephen King

Au départ, bien sûr, la question qui me titillait le plus était : avez-vous déjà rencontré Stephen King ?

Et bien non, il n’a jamais rencontré l’auteur. Il a reçu un premire courrier suite à une question, ensuite il n’a eu droit qu’à une secrétaire. A partir de là, William Olivier Desmond « a décidé de travaillé sans intermédiaire ». Il m’a même dit que l’éditeur Albin Michel ne le rencontrait pas plus que lui quand il va à New-York négocier les contrats ! Pour lui, Stephen King est quelqu’un de très américano-centrique, qui ne s’intéresse que très marginalement au reste du monde ; il a été sans doute marqué, en outre, par l’agression subie voici plusieurs années, quand un homme s’était introduit chez lui et avait menacé sa famille.

 Il pense que Stephen King donne de lui un portrait somme toute très fidèle dans « Ecriture ». Il me fait également remarquer, à juste titre, que dans les bibliographies de référence du livre (conseils de lectures à de futurs écrivains), tout les ouvrages cités sont de langue anglaise (et non américaine : les Américains parlent l’anglais !), à une seule exception près, Peter Hoeg.

 

Il connaît le Maine et a même écrit un roman qui prend cet Etat pour cadre (que je viens de commander) Voyage à Bangor aux éditions Corti. Il a mis vingt ans à le terminer :

 - Présentation du livre : «  Sur les routes de la Nouvelle-Angleterre, Harley-Davidson entre les jambes, le narrateur part en quête du carnet de notes du « Maître ». En chemin, il subit, entre autres avanies, une pluie de crapauds, avant d’atteindre un village qui n’est sur aucune carte. Et le voilà qui passe le Styx et se retrouve en enfer, ù son guide n’est autre qu’Ambrose Bierce (autre auteur que tous les amateurs de fantastique se doivent d’avoir lu) Ça commence très fort, car retrouver le carnet de notes du maître perdu en Enfer n’est pas une mince affaire... »

Cela donne envie, je vous raconterai et le « maitre », ne serait-ce pas Stephen King ?

 

Pour lui, en résumé, le Maine ressemble beaucoup au Québec, où il a habité et travaillé cinq ans : C’est sauvage, beau, âpre et parfois arriéré tel que l’on peut l’imaginer en lisant Stephen King.

 

William Desmond aurait aimé aller au Festival de Woodstock en août 1969, car il a les mêmes références que Stephen King. Ce sont des personnes de la même génération, ils ont connu les même grands évènements de la fin du siècle dernier.

 

Pour lui,  l’accident de 1999 où une camionnette l’a renversé, à modifié non seulement son écriture et son style, mais sa manière de voir les choses.

 

William Olivier Desmond a traduit Blaze (écrit sous le pseudo de Bachman) et pour lui, il s’agit d’un des meilleurs Stephen King, de ces dernières années. En plus, il me raconte que la préface, très amusante, brode sur l’idée que Blaze est un « fond de tiroir ».

Il traduit actuellement le suivant,  probablement « Duma Key » qui sortira en janvier 2008 aux USA.

 

 

 

***

 

William Olivier Desmond et la traduction

On a parlé également des autres écrivains qu’il traduit : Donna Leon, auteur de polars qui, a la différence de Stephen King, est très ouverte au dialogue et qu’il rencontre lors des traductions, mais aussi Robert O. Paxton, grand historien américain spécialiste de

l’Europe contemporaine. Tout cela pour comprendre que le métier de traducteur est très diversifié. On peut passer d’une femme du New Jersey vivant en Italie écrivant des polars à un auteur de fantastique culte du Maine, ou à un historien de Virginie enseignant l’histoire de l’Europe. Le tout en passant par Gene Wolf, Robin Cook, Carl Sagan (Contact)…

 

Donc bien sûr, la question suivante qui m’est venu était : Qui auriez-vous aimé traduire ? Et la réponse fut : l’écossais Robert Louis Stevenson, ses romans de pirates, et surtout « l’hercule et le tonneau », livre méconnu mais qui, d’après lui, est un chef-d’œuvre absolu de l’humour de situation. Il m’a également cité « L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde » - ouvrage que tous les lecteurs de fantastique se doivent d’avoir lu.

 

Toujours avide de connaissance sur ce métier,  j’ai voulu savoir comment on fait pour rester au goût du jour en matière de langue On voit que les dictionnaires ne cessent de grossir, le vocabulaire de s’enrichir, et pour faire la transcription entre un argot américain et français ?

Et la réponse fut tellement limpide que je suis resté surpris. Il suffit de rester en relation avec le pays, en lisant la presse, en écoutant la radio et en regardant les films qui sortent en VO et la télévision (notamment les séries : c’est un filon !). Tout simplement. Pour finir, il faut garder des contacts, avoir (comme lui) de la famille anglophone, et il ne faut pas avoir peur de demander.

Il faut également travailler pour que la traduction ne vieillisse pas ; mieux vaut ne pas typer le texte, car lorsque le lecteur lira le livre, dix, vingt,  cinquante ans après la traduction,  il doit toujours comprendre. Et pour finir, petit détail, il faut savoir identifier ce que l’on appelle les faux-amis : par exemple : « vicious » ne veut pas dire « vicieux », mais « méchant » et une « decade » (qui veut dire dix ans en anglais et dix jours en français !) est en français une « décennie »...

 

Pour traduire Stephen King, William Olivier Desmond estime que le fait d’ être de la même génération de l’auteur lui donne un fond et des expériences communes, un même passé qui font que les références historiques, mais aussi quotidiennes, sont les mêmes. Pour lui, Stephen King puise presque toujours dans son enfance et les évènements qu’il a vécu dans sa jeunesse (voir Ecriture).

 

Et petit détails pour les puristes,  William Olivier Desmond ne traduit que sur les éditions définitives, ce qui veut dire que le manuscrit a été relu par l’auteur et les correcteurs. Précision intéressante, à la différence d’autres auteurs, les textes de King ne comportent que très rarement des erreurs de scénario (la porte fermée à clef page dix est miraculeusement ouverte page 27) ; la mécanique d’une histoire de King est parfaitement huilée. Il m’a raconté que pour certains écrivains des erreurs de scénarios sont souvent décelables même à ce niveau, et que le traducteur devient souvent un correcteur, un re-lecteur.

 

Conclusion et remerciements

Pour finir, je dirai tout d’abord un grand merci à William Olivier Desmond pour toutes ces informations, la découverte d’un métier qui est un chaînon primordial entre nous les lecteurs et l’auteur. Je vais lire Voyage à Bangor et attends avec impatience Blaze traduit par William Olivier Desmond.

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