Stephen King donne le goût de la lecture aux garçons

Thème : Biographie de Stephen King

Résumé Stephen King donne le goût de la lecture aux garçons

Par Julie Stanton

Une fois sortis de l’enfance, la majorité des garçons trouveraient peu de plaisir à cette activité cture. Attelons-nous à renverser la vapeur.

Selon l’écrivaine Dominique Demers, dont les romans font fureur, on peut donner (ou redonner) aux garçons le goût de la lecture. Titulaire d’un doctorat de l’Université de Sherbrooke en littérature jeunesse, l’auteure, notamment de la trilogie Maïna, affirme en plus qu’il est grand temps d’agir. « Arrêtons de tourner autour du pot,et changeons nos manières de faire ! » lance-t-elle. Même si ses livres se vendent comme des petits pains, Dominique Demers sait pertinemment que son large lectorat est surtout composé de préadolescentes. « À cet âge, les garçons préfèrent les livres documentaires, les livres pratiques et les magazines. J’en ai pour preuve les lettres de plusieurs élèves du début du secondaire qui me disent : "Dominique, on te trouve super-chouette. Mais on comprend pas pourquoi il y en a qui aiment tant tes histoires. Nous, les romans, on est pas capables !" De là à se croire mauvais lecteurs, il n’y a qu’un pas que les garçons franchissent allègrement. Et pourquoi ? Tout simplement parce que ce qu’ils lisent, ou aimeraient lire, n’est pas encouragé par le système scolaire. »

Au cours des sept dernières années, à la demande de nombreuses commissions scolaires, Dominique Demers a rencontré des milliers d’enseignants et d’enseignantes pour leur expliquer comment cultiver le goût de la lecture chez les jeunes et les aider à s’épanouir comme lecteurs. Selon elle, la lecture s’enseigne de manière sexiste. Au primaire, le personnel enseignant étant composé de femmes à 98 %, celles-ci choisissent les bouquins en fonction de leurs préférences et de leur sensibilité ; la fiction, donc, est très souvent à l’honneur. Même si certains garçons apprécient le romanesque, on aurait davantage de chance de les captiver tous, au fur et à mesure qu’ils vieillissent, en leur suggérant aussi des thèmes plus appropriés à leur nature et à leurs goûts. « Comment se fait-il, par exemple, qu’un élève qui adorait feuilleter des albums d’images avec des animaux et des camions, quand il était enfant, n’a plus envie, à 12 ans, d’ouvrir un livre ? Sans doute parce qu’il en a marre des histoires d’amour et de rupture, et des personnages avec lesquels il n’a aucune affinité ! Il faut tenir compte des champs d’intérêt des garçons. Leur offrir la diversité, c’est leur offrir la clé de la lecture. » Autrement, déplore Dominique Demers, on risque de perpétuer une situation, non seulement déplorable, mais inquiétante pour l’avenir des jeunes Québécois.

Selon un avis du Conseil supérieur de l’éducation, rendu public en octobre 2002, les résultats par matière scolaire montrent qu’il n’y a pas de différence significative en fonction du sexe des élèves, sauf en lecture et en écriture où l’avance des filles est importante. Ainsi, en 1995, au Québec, 57 % des filles de 6e année avaient une compétence suffisante ou supérieure en écriture contre 38 % des garçons ; inversement, 21 % des filles et 33 % des garçons avaient une compétence insuffisante. Ces différences persistent au secondaire. Le Conseil a donc recommandé au ministre de l’Éducation de profiter du renouvellement des programmes en cours pour désexualiser les représentations de la lecture et de l’écriture associées à des qualités féminines. Pilotée par Nicole Van Grunderbeeck, professeure titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, une précédente étude, parue au début des années 2000, allait dans le même sens. Selon ses auteurs, les différences entre les élèves des deux sexes, quant à leur aptitude en lecture, semblent apparaître et s’intensifier à partir de la quatrième ou de la cinquième année du primaire.

« La lecture, c’est comme l’amour. Tout le monde peut aimer, mais pas nécessairement la même personne. Pareillement, tout le monde peut aimer lire, mais pas obligatoirement les mêmes bouquins », estime Dominique Demers, qui ne cesse de frapper sur ce clou dans ses ateliers de formation comme auprès des élèves. Forte de ce principe et de son expertise, elle est convaincue que la multiplicité des thèmes demeure le nerf de la guerre pour gagner la bataille de la lecture auprès des garçons. Elle rappelle qu’à l’occasion d’un concours lancé par Claire Lamarche, dont elle avait présidé le jury, les jeunes participants et participantes avaient écrit une lettre fictive à leur écrivain préféré. Si disparates qu’ils soient, les auteurs les plus cités avaient été Stephen King, Lucy M. Montgomery et Émile Nelligan. « Voilà la preuve que, lorsqu’on offre la diversité et l’accessibilité, on arrive à former des lecteurs ! » s’enthousiasme Dominique Demers. Et quels sont, selon elle, les meilleurs indicateurs des performances scolaires ? La maîtrise de la langue maternelle et la lecture. Ce que les recherches tendent à confirmer de plus en plus.