Florence Delaporte, brodeuse d’histoires

Thème : Livres fantastiques à lire

Résumé Florence Delaporte, brodeuse d’histoires

La Chambre des machines suit la création du musée du textile de Belarbre, lieu magique où les voix des hommes et des femmes se mêlent au crépitement des machines. C’est le passé de cet ancien bassin industriel que Françoise, la directrice du musée, tente de sauvegarder, comme pour pallier à sa propre nostalgie.

La bobine de fil qui se déroule, le métier à tisser… autant de métaphores bien connues pour symboliser la littérature. Il en va de même pour cette fameuse chambre des machines, combinatoire mécanique où tout s’imbrique pour former le texte littéraire. S’y mêlent les voix, les points de vue, les fils des vies et des histoires, personnelles ou collectives. Chaque chapitre reçoit un nom de machine. Voilà que certaines prennent même la parole. A travers elles, c’est la mémoire ouvrière qui s’exprime. Et l’on pense à la chanson de Bernard Lavilliers, Les mains d’or.

Quand la mécanique se grippe…

Les machines elles-mêmes ont une attitude ambivalente face à la muséographie et au patrimoine. Les unes refusent d’être réduites à de vulgaires pièces de musée et se révoltent ; les autres, reconnaissantes envers les employés du musée, vouent un amour éternel à leurs bienfaiteurs. La fronde des premières nous vaut plusieurs passages dignes de Stephen King : une exprimeuse refuse obstinément de fonctionner, éructant les pièces de rechange qu’on pose sur elle ; d’autres mitraillent d’aiguilles à tricoter la directrice, manquant de lui ôter la vie, si elle n’avait pas été protégée par son fidèle métier à tisser Jacquard… Bref, il ne fait pas bon traîner seule la nuit dans l’atelier ! Un humour de répétition sympathique s’installe peu à peu. Hasard ou maladresse, à chaque fois, les mécaniques se grippent sous la main de l’héroïne au moment opportun, y compris… le sèche-cheveux. Mais ces caprices mécaniques ne sont rien comparés à ceux des humains.

Le visage de l’autre

Quelques heures avant le vernissage du musée, Françoise livre ses craintes. Elle qui a réussit à donner une âme à ce lieu et à gagner l’amitié des ouvriers, sait qu’elle sera limogée dès le lendemain et remplacée par une personne plus aisément contrôlable aux yeux de ses supérieurs hiérarchiques et des élus locaux. Célibataire à l’esprit nomade, elle s’est installée à Belarbre voilà deux ans déjà, séduite par ce petit coin de campagne au nom bucolique. Mais le désenchantement a vite fait surface : la jalousie des uns, le mépris des autres, les bruits qui courent… La solitude qui assaille bientôt la narratrice ne fait qu’alourdir le poids des ans. Prenant la mesure du temps qui passe et de ses amours envolés, elle se remémore le corps et le visage de l’autre, ceux de l’homme, ou plutôt des hommes rencontrés et aimés, dont les traits s’entremêlent au gré des souvenirs. Au delà de la nostalgie, il y a finalement le désir d’une rencontre, achevant de donner à ce très beau roman son côté surréaliste.

Florence Delaporte
La chambre des machines
Gallimard
16,50 €