Dolores Claiborne : Simplicité et sincérité

Thème : On en parle

Résumé Dolores Claiborne : Simplicité et sincérité

LA CHRONIQUE THÉÂTRE DE PHILIPPE TESSON. Publié le 24 novembre 2006

Dolores Claiborne nous vient d’un roman best-seller de Stephen King, qui donna également naissance à un film. On est dans un théâtre très populaire, devenu rare, narratif, figuratif, direct et imagé. Ça n’interdit pas l’émotion, au contraire, c’est ce théâtre-là qui, longtemps, a fait pleurer Margot. Les héros sont simples, les sentiments tranchés, la vie est rude, on n’est pas chez les intellectuels ni chez les bobos. Ça existe, et ça change de l’univers parisien. La scène se passe sur une île un peu sauvage, au large de l’Etat du Maine. Il y a quelque chose d’irlandais dans l’atmosphère. C’est du Synge au premier degré, à l’état brut.

Dolores est une femme de peine, comme on disait jadis. Elle n’a jamais eu de chance dans la vie. Elle a un coeur gros comme ça, mais elle a le tort de dire ce qu’elle pense. Or elle pense beaucoup, donc elle parle sans arrêt. Elle a épousé une brute et elle travaille dur pour élever sa fille qu’elle adore. Le mari meurt. On suspecte Dolores de l’avoir supprimé. Vrai ou pas ? Pas net. Quelques années plus tard, la vieille femme odieuse dont elle est la servante meurt à son tour. Encore Dolores ? Peut-être. Dolores, c’est la coupable idéale et la victime idéale. Sur ces thèmes de l’injustice et de l’innocence, le théâtre a beaucoup donné. Dolores Claiborne en offre une version simplifiée et illustrée qui est à la scène ce que la BD est à la littérature et qui a le mérite de la sincérité.

La sincérité a en l’occurrence un visage exceptionnel, celui de Michèle Bernier. L’occasion nous est enfin donnée de dire le bien qu’on pense de cette comédienne. On l’a souvent beaucoup aimée, comme dans Nuit d’ivresse, naguère, avec Huster. Ici elle est formidable. Certes, comme toutes les dames un peu rondes, elle a pour elle les apparences de la générosité et elle pourrait se contenter d’exploiter les avantages de la nature. Mais on sent que ce n’est pas le cas. Sous son masque de vieille petite fille adorable, sourire délicieux, joli nez rond, joues rebondies et oeil pétillant, et cela suffirait à donner l’illusion, il y a une intelligence, une écorchure et un feu qui nous troublent. On lui sait gré en tout cas d’avoir cherché la difficulté. Elle aurait pu jouer sur les ressorts d’émotion facile que lui offrent les clichés dont la pièce est semée. Rechercher les effets, en faire des tonnes, varier les registres, etc. Au lieu de quoi elle a choisi de se tenir dans une sorte de distance pudique avec son rôle, en racontant sa propre histoire sur le ton d’une monodie rapide, et cela ajoute une émotion inattendue à la simplicité du récit. Michèle Bernier fait de Dolores un authentique personnage, et c’est le signe qu’elle est une authentique actrice.

Dolores Claiborne De David Joss Buckley. D’après le roman de Stephen King. Adaptation et mise en scène : Marie Pascale Osterrieth. Avec Michèle Bernier, Serge Riaboukine, Frédérique Tirmont et Simon Bakhouche. Théâtre des Bouffes Parisiens (01.42.96.92.42).

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